LE PROPHÈTE

Arrivée sur le Prophète en loco...
(Avec l'autorisation de l'auteur - Crédit photo Jean-Pierre JONCHERAY)

EMPLACEMENT
Le Prophète gît à 500 mètres du Cap Lardier à l’est. sud est. Ce cap est la plus occidentale des nombreuses avancées qui découpent la presqu’île de Saint Tropez en baies relativement profondes.

COORDONNÉES

43° 09’ 52 N
06° 37’ 71 E
Les restes du Prophète
Les restes du vieux navire
Photo de Patrice STRAZZERA extraite du Sommeil des Épaves, le souvenir
(avec l'aimable autorisation de son auteur)

PROFONDEUR

Le fond de sable mêlé de posidonies est à 34 m. Les vestiges remontent jusqu'à une trentaine de mètres
Le Prophète en 1985Le Prophète en 2002
(Dessins Urs Brummer en 1985 revisité par le G.R.I.E.M.E. en 2002)

ENSEIGNURES OU AMERS


 

Elles sont faciles et comme les vestiges sont étalés, leur repérage est aisé.

Vers Cavalaire, le petit îlot isolé au large du cap est aligné à droite de la maison du Dattier.

Vers Taillat, le haut du phare Camarat peint en noir est juste caché par la Presqu’île de Taillat, à gauche de celle ci.

Le sondeur devient un luxe avec ces enseignures car, d’une part on retrouve l’épave sans peine et, d’autre part, le fond est assez tourmenté.
 
 


ACCÈS PLONGÉE

Le seul inconvénient de cette épave, facile et belle, réside en son éloignement des mouillages. Le port le plus proche est Cavalaire, et une structure fort sympathique se fera un plaisir de vous y conduire, il s’agit de MIO PALMO, la structure de Jean POMARET et Sylvie.
Sinon, on pourra en temps que plongeur autonome et équipé d’un bateau léger, partir du tout petit plan incliné de l’Escalet : endroit paradisiaque mais encombré, parking éloigné, mouillage précaire et copropriétaires du lotissement parfois invivables. A partir de Saint Tropez, la route est longue…

CONDITIONS DE PLONGÉE

La facilité de la plongée (eau claire, courants en général faibles, visibilité fantastique, faible profondeur) est malheureusement tempérée par les difficultés d’accès, par l’absence d’abris lorsque la mer se lève, par l’exposition du site à tous les vents. On ne peut y aller que par beau temps.

LA PLONGÉE

Le Prophète a bien souffert depuis son naufrage : la mer ne l’a pas épargné, et les plongeurs peu scrupuleux non plus. Les ancres qui étaient encore à poste dans les années 90 ne sont plus là aujourd’hui, exactement le 15 août 2002 date à laquelle j’ai plongé pour la première fois cette épave, pleine d’histoire et de souvenirs. Les vestiges s’étalent toujours sur une cinquantaine de mètres, mais la coque à ce jour a presque entièrement disparue sous le sable. Quelques membrures sont encore apparentes ça et là, les bossoirs de l’embarcation de secours tribord arrière sont au sable, le secteur de barre encore debout en 1985 lorsque URS BRUMMER dessine l’épave. La proue se fait bien discrète avec à peine 50 cm au apparent au dessus du sable. La pale d’hélice « bizarre » , comme la décrivait Jean Pierre Joncheray en 1985,  n’est plus.
Un sous-marin ? Non une chaudière
Les cales encore visibles elles aussi en 1985 ne laissent plus apparaître que quelques morceaux de bois desquels dépassent quelques vestiges de l’époque…

Mais le charme est intact lorsque l’on commence à découvrir l’appareil propulsif du navire. Une chaudière en bon état qui écrase de sa masse les restes des vestiges, un volant énorme, un embiellage démesuré et une machine toute tarabiscotée et massive.

Ce n’est pas pour rien que les plongeurs nommaient l’épave « les chaudières » ou encore « le câblier » en voyant cet énorme volant en forme de roue… Quand à y voir une bobine et son câble ?

Côté faune, on aura la surprise de voir le retour des mérous. Deux d’entre eux jouent à cache-cache entre la roue et la chaudière. Les congres eux aussi sont présents dans les restes des structures visibles et il n’est pas rare durant la plongée de voir passer ça et là un banc de corbes.
 
 

Un sous-marin ? Non une chaudière
Photo de Patrice STRAZZERA extraite du Sommeil des Épaves, le souvenir
(avec l'aimable autorisation de son auteur)

TYPE DE NAVIRE

Vapeur à n’en pas douter vue l’époque. Le Prophète mesurait 41,50 m de long pour 7,40 m de large et jaugeait 199 tonneaux.
Il était doté d’une voilure auxiliaire. Ce type de navire embarquait aussi bien des marchandises que des passagers.

HISTOIRE DU PROPHÈTE

Construit en 1853 par Ch. REYNAUD et Cie à SETE( dans l’atelier de sa tuilerie) pour le compte de COHEN et Cie qui le francise à Marseille le 10 mars 1853, le Prophète était un navire en fer de 41,55 m pour 7,42 m et 3,55 m de tirant d’eau. Sa jauge brute étant de 199 tx. Le 8 juillet de l’année 1857, il est vendu à Claude MOUROU pour la somme de 70 000 F (soit  10654, 49 Euros)

LE NAUFRAGE


Le petit bâtiment était utilisé pour les lignes maritimes entre l’Algérie et  la côte provençale.

Le 26 mars 1860, le Prophète, Commandant COTTON à son bord, en provenance de Bône et Philippeville, s’abrite en rade d’Agay prés de St Raphaël. On peut penser à des difficultés dues au mauvais temps.

Quelques jours plus tard, vers le 30, il fait naufrage près du Cap Lardier à la suite d’une voie d’eau. La cargaison de blé qu’il transporte est perdue. La perte est évaluée à 140/150 000 F de l’époque (à vous de faire la conversion cette fois)

Plus vieille épave
de vapeur et à hélice connue à ce jour !
Il faudrait peut être songer à protéger ce vieux fossile !

Si le PANAMA de 1843 (à roues et « décortiqué » avant sabordage) et la VILLE de GRASSE de 1848 (à roues) sont les seuls témoins d’une marine disparue (en Méditerranée), le PROPHETE demeure l’ancêtre des vapeurs…
 
 

REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUES

Sub Océan, portrait d’épaves de Jean Pierre Joncheray et Urs Brummer
Naufrages en Provence : fascicule n°6 de Jean Pierre Joncheray
Patrice STRAZZERA extraits du Sommeil des Épaves

CARTES

5329 : Presqu’île de Giens au Cap Camarat
5266 : baies de Briande, de Bon Porté et de Pamplone

Avec l'autorisation de
Jean-Pierre JONCHERAY et Urs BRUMMER
Patrice STRAZZERA
que le G.R.I.E.M.E. remercie vivement